Esotériques

ÉSOTÉRIQUES

 

PERVERSIONS

 

Pensant trouver un maître en cherchant un exemple

Il fut trop tôt séduit par son pouvoir et tremble

De perdre son modèle, trop ardant à copier

Avec application sa personnalité

Pour lui plaire toujours le craindre et l'imiter

En complaisant objet de son  autorité.

S'abandonner sans frein au pouvoir d'un gourou,

N'est-ce pas abdiquer le plus humain courroux ?

Le pouvoir de l'esprit ce souverain pouvoir

Sur d'autres têtes agit plus que par le savoir

Par le regard la voix la présence et surtout

Par l'aplomb, mais aussi par quelque connaissance

Des ressorts commandant de la nature tout

Et du futur adepte un désir d'allégeance.

Intuition de l'humain perception des faiblesses

Tous ces tours par lesquels un autre esprit s'affaisse.

Naturellement faible avant d'être élevé

Notre esprit prête foi au sur-monde enchanté

Manifestant par tant d'invisibles présences

Le pouvoir de causer ce qu'on ne comprend pas ;

Tout un monde d'esprits désincarnés nous tancent

À l’imagination, en reprenant le pas

Sur le pénible effort de recherche en raison

Des causes naturelles ; bonjour superstition.

De ta fragile vie pour conjurer la mort,

À la divinité remets ton triste sort.

Pour l'aider dans la vie, tel en appelle aux anges,

Qui fait pourtant la bête sous son édredon.

Changeant de maître en tout il ne perd pas au change,

Recourant aux secours d'un familier démon,

Il cherche du sacré dans l'ombre de l'occulte

Et pour sa destinée, l'ordre des astres ausculte.

Archéologie de l'utopie

Ulysse arrive sur la terre des Phéaciens. Il s’endort sous un olivier, arbre qui lui révèle la présence protectrice d’Athéna. Dans le même temps, la déesse intervient, en rêve, auprès de Nausicaa la fille du roi. Nausicaa se rend alors sur les bords du fleuve où se trouve Ulysse …

Cette rencontre d'Ulysse et de Nausicaa est légendaire et elle constitue sans doute un trésor du patrimoine de l’humanité.

Une utopie se définit généralement comme un artifice littéraire consistant à décrire une société idéale dans une géographie imaginaire, le plus souvent dans le cadre d'un récit de voyage, comme c’est ici le cas avec cet épisode de l’Odyssée. Ce pays heureux « sur lequel les Dieux semblent avoir versé leur pollen » c’est donc le pays des Phéaciens, ultime étape avant le retour à Ithaque, Où Ulysse vient s'échouer, après avoir quitté l'île de la nymphe Calypso.

Pour les passionnés de l’Odyssée, la terre des Phéaciens reste encore de nos jours un mystère. Peuple énigmatique, mi humain, mi divin, les Phéaciens semblent être en effet une société aussi étrange qu’idéale, peut-être une transfiguration avant l’heure d’un royaume d'Utopie. Car si le mot sera élaboré bien plus tard par l'écrivain anglais Thomas More, il signifie déjà en grec ancien : « en aucun lieu ». L’Utopie comme la terre de Phéaciens est donc une forme de représentation d'une société idéale et parfaite, mais peut-elle seulement exister ?

Science-fiction et soldats de l'An II

 « Dès que tu avances sur le chemin, le chemin apparaît ». Rûmi

Est-il possible de prévoir l’avenir ? En termes d’âge, la minorité a vocation à devenir majorité, comme l’enfant a vocation une fois adulte, à jouir pleinement de ses droits. Mais le progrès est-il toujours linéaire ? Dans la vie les droits sont aussi souvent des devoirs et dans le monde actuel, les mots ne disent plus toujours la vérité. Souvent même, ils n’ont plus vraiment de sens.   Dans son roman 1984 publié en 1949, Orwell inventait des slogans qui pouvaient même apparaître absurde : « La paix c’est la guerre ». Mais ne doit-t-on pas aussi « Préparer la guerre pour avoir la paix » ?

En démocratie, longtemps le jeu des alternances politiques semblait laisser espérer aux oppositions d’hier, les majorités du lendemain, ce qui rendait parfois bien paresseux certains politiques. Mais des leaders aussi inquiétants qu’improbables commencèrent à apparaître. Il n’avait pas non plus été prévu de voir réapparaître certaines idéologies. Et pourtant !

Dans son roman 1984, Orwell décrivait un monde totalitaire dans lequel l’idéologie avait finalement triomphé des individus. Il s’agissait alors de dénoncer un totalitarisme, inspiré initialement des modèles socialistes ou fascistes, mais la qualité d’anticipation d’Orwell était telle que sa description semble aujourd’hui encore prémonitoire.

Dans l’univers de 1984, notre planète était alors divisée en trois grands États, appelés Oceania, Estasia et Eurasia, perpétuellement en guerre et se disputant la possession d’un territoire central instable. Ces blocs-états ne sont-ils pas sans rappeler les tensions de plus en plus naissantes entre les empires américains, chinois et l’Europe-Russie, peut-être en devenir.

Au plan international, l'idée d'un monde globalisé avait pourtant fait penser un temps à la fin de l’Histoire. A la fin du XXème siècle, la paix et l’harmonie universelle semblait à portée de mains. Mais le réel a repris le pas et les perspectives se sont assombries. L’Histoire n’a d’ailleurs finalement cure de ces théories et s’il est question de mouvement de balanciers, les cycles qui se succèdent semblent malheureusement fatalement soumis à une dimension tragique. Le chemin de l’avenir se dessine. Il apparaît, mais parfois aussi, nous ne voulons pas le voir. Et pourtant, il nous faut bien avancer.

Aujourd’hui la tendance semble donc être au rassemblement continental et à la construction de grands ensembles, à des marchés économiques, prétendument favorables au développement humain. Mais en cette période de réchauffement climatique, la désertification gagne du terrain, de même que les villages au charme désuet semblent inéluctablement appelés à disparaître au profit de gigantesques villes-monde. Si les frontières n’ont plus forcément vocation à évoluer, les affrontements sont moins visibles, mais ils demeurent bien réels. La guerre économique fait rage. Mais cela relève déjà d’une forme archaïque d’agressivité au temps de la 5G et du Big data.

L'égalité républicaine

 Quel est le sens du mot « égalité » qui est au centre de la devise de la République ?

Dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948, nous lisons : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Il faut noter au passage que les trois valeurs de la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » de la République, figurent dans cet article premier. Et nous remarquerons en ce qui concerne l’égalité, qu’il s’agit de l’égalité en dignité et en droits. Car, comme chacun peut le constater, les êtres humains ne sont égaux ni par la nature, ni par leur situation socio-économique à la naissance.

Dans son ouvrage intitulé « La Société des égaux » publié en 2011, Pierre Rosanvallon faisait remarquer que divers mécanismes de séparatisme et de ghettoïsation, sont aujourd’hui partout à l’œuvre accompagnant la dénationalisation, créant ainsi une crise de l’égalité.

Et il écrivait au sujet des idées fondatrices : « Le projet de l’égalité-relation s’était en conséquence décliné sous les espèces d’un monde de semblables, d’une société d’individus autonomes, et d’une communauté de citoyens. […] L’idée socialiste, au XXIe siècle, se jouera autour de cet approfondissement sociétal, de l’idéal démocratique[1]. »

            Pour analyser le problème de l’égalité républicaine, il faut donc faire la différence entre trois façons de concevoir l’égalité : d’abord l’égalité-équivalence, fondée sur la considération de l’autre comme mon semblable, de même valeur en tant qu’humain, les différences n’entachant pas la relation de similarité humaine ; ensuite l’égalité d’autonomie, définie par l’absence de sujétion d’un humain à un autre humain ; ces deux formes d’égalité étant constitutives de la dignité humaine ; et enfin l’égalité en droits dans la participation à la vie de la société, liée à la citoyenneté et à l’activité civique.

La volonté d’établir l’égalité, en 1789, accompagnait le rejet viscéral du privilégié. Il en est découlé la définition de la démocratie comme une société de semblables et une société dans laquelle nul n’est soumis à la volonté d’autrui, les individus étant égaux en liberté, chacun autonome et sujet responsable de lui-même, et enfin une société où « La citoyenneté est la troisième modalité d’expression d’une société d’égaux »,  s’agissant de l’égalité des droits de tout citoyen, au regard de la gestion de la chose publique.

Mais il reste un point qui pose problème, c’est l’inégalité des situations socio-économiques.