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Crises et fascisme

                                              Crises et fascisme

                                            Du Syndicalisme révolutionnaire au fascisme

Aujourd’hui, nous vivons une période de crise, sans en discerner une issue prochaine. Le populisme progresse parmi les peuples soumis à une austérité sans fin prévisible et qui leur paraît inefficace. L’aventure fasciste du XXe siècle est-elle porteuse d’enseignements dont nous pourrions faire notre profit pour nous en préserver ?

La pensée libérale a été contestée au XXe siècle de façon radicale, en Russie, par la révolution bolchevique d’octobre 1917, d’inspiration marxiste, et par la révolution fasciste en Italie et dans d’autres pays européens. Ces contestations ont bénéficié, pour détruire les régimes libéraux en place, de conditions favorables créées par la première guerre mondiale (1914 – 1918).

Zeev Sternhell, historien des idées, avec la collaboration de jeunes chercheurs, a mis l’accent sur les origines idéologiques du fascisme. Il les situe dans « la France du nationalisme intégral », mais aussi dans le révisionnisme révolutionnaire du marxisme élaboré par Georges Sorel, théoricien du syndicalisme révolutionnaire, dans la période de crise qui a précédé la première guerre mondiale.  Cette idéologie est une voie nouvelle, entre le libéralisme et le socialisme marxiste. Elle propose une issue aux problèmes que pose la révolution technologique et culturelle. Le fascisme apparaît, selon l’historien Zeev Sternhell, comme « une force de rupture au regard de l’ordre libéral régnant au XIXe siècle ». Nous y retrouvons des thèmes rejetant explicitement les Lumières du XVIIIe siècle.

La crise de la fin du XIXe siècle

1 – Les mutations économiques et sociales

Les deux dernières décennies du XIXe siècle connaissent une rapide évolution économique et sociale, celle des structures de l’économie capitaliste en premier lieu, puis celle née de l’exode rural. On observe une tendance à la formation d’ententes industrielles et commerciales, favorisant la création de grandes entreprises et l’effacement de la petite et moyenne entreprise, avec des différences selon les régions et les pays, et l’apparition d’un prolétariat industriel, aux conditions de vie difficiles. L’insécurité touche le monde artisanal, les classes moyennes, petits commerçants, petits propriétaires, rentiers, intellectuels, qui se sentent menacés de prolétarisation

L’ampleur, la rapidité des transformations économiques et technologiques, caractérisant le dernier tiers du XIXe siècle, inquiètent donc le corps social. Tout cela alimente une attitude de contestation et de refus qui trouve une expression politique dans l’anarchisme, le putschisme et le premier fascisme. Cependant, une minorité d’intellectuels, penseurs, artistes, philosophes, écrivains, perçoivent la déstabilisation des sociétés et connaissent une crise intellectuelle et morale, celle  d’une génération dont la jeunesse a particulièrement subi ces transformations.

2 – L’évolution des mentalités

La crise intellectuelle et morale s’accompagne de la remise en cause de la vision scientifique du monde. Le rationalisme et le scientisme constituaient les assises des conceptions philosophiques de l’élite intellectuelle depuis le XVIIe siècle. L’idée de progrès reposait sur le sentiment qu’il dépendait de la science. Mais le déterminisme scientifique est remis en cause, au profit du culte de l’affectivité et de l’action.

Certains philosophes connus, Nietzsche (1844 – 1900) et Bergson (1859 – 1941),  par exemple, critiquent durement le rationalisme et l’intellectualisme. La pensée de Nietzsche, est une réaction forte contre l’intellectualisme, le rationalisme, et une exaltation du moi profond et du corps source des pensées de l’homme et de la philosophie. Rejetant les valeurs communes, il glorifie de nouvelles valeurs, aristocratiques, qui sont une affirmation de la vie par rapport à ce qu’il appelle « une morale d’esclave ». Pour le philosophe, celui qui s’en délivre devient un « surhomme ». Il est un créateur capable de transformer sa vie en destin. Il est animé d’une volonté de puissance qui témoigne de son vouloir vivre, par quoi il s’oppose à « la morale du troupeau ».

Bergson privilégie la notion d’intuition comme mode d’accès, pour la conscience, à la connaissance vraie de l’essence des choses. Dans son ouvrage majeur « l’Évolution créatrice », en 1907, il critique le matérialisme et la théorie de l’évolution de Darwin : la vie ne peut se réduire à des mécanismes de caractère matériel. Le vivant est animé par un « élan vital » qui produit une création imprévisible, véritable instrument de liberté. Cette thèse, mal interprétée, conçue simplement comme une force profonde s’opposant à l’intelligence rationnelle, va être adoptée par les théoriciens du nationalisme, de l’impérialisme et des doctrines préfascistes. Elles retiendront les thèmes de la surhumanité, d’exaltation du corps sain et vigoureux, de l’héroïsme, du sacrifice. Ils nourrissent ainsi la pensée des théoriciens du nationalisme et du fascisme. Nombreux  sont ceux qui trouveront  dans ces idées une justification de leur révolte contre la médiocrité de la société bourgeoise

3 – Le syndicalisme révolutionnaire

Georges Sorel (1847 – 1922) est un personnage original, ni philosophe, ni économiste, mais un penseur qui a cherché des réponses au désarroi éprouvé par certains intellectuels de son temps. Ingénieur des Ponts et chaussées, il décide d’interrompre sa carrière à 45 ans, pour se consacrer à des activités sociales. Il devient le théoricien du syndicalisme révolutionnaire.

Au début du XXe siècle, le mouvement ouvrier dispose de deux organisations pour défendre ses intérêts devant le patronat et l’État : La Confédération Générale du Travail (CGT) créée en 1895, et le Parti Socialiste, qui unifie en 1905 divers courants socialistes. Le Patronat  se regroupe dans de grands syndicats comme l’Union des industries métallurgiques. Il devient ainsi plus conscient de sa force, d’autant plus qu’il bénéficie de l’appui  du gouvernemental républicain. Les anarchistes ont renoncé à leurs actions solitaires et violentes  (1892 – 1894). Certains ont décidé de rejoindre les syndicats en y important leurs méthodes et leur volonté d’action. En 1906, la CGT adopte la Charte d’Amiens, qui définit son orientation « anarcho-syndicaliste », mariant indépendance à l’égard des partis politiques et volonté révolutionnaire. On peut parler, alors, d’un syndicalisme révolutionnaire.

Tandis que les partis politiques veulent conquérir l’Etat, le syndicalisme révolutionnaire est partisan de le détruire. Les luttes politique ou électorales sont une perte de temps, pour lui, et comportent le risque, si quelques avantages en résultent, d’intégrer une majorité d’ouvriers peu conscients dans le capitalisme. Le réformisme  politique est donc condamné et ne représente qu’une trahison de l’idéal révolutionnaire.

Georges Sorel, théoricien du syndicalisme révolutionnaire

Sorel devient donc l’un des plus influents inspirateurs de ceux qui refusent l’ordre politique et social existant. Sa révolte s’exprime d’abord par son adhésion au marxisme orthodoxe. « Le socialisme moderne est une vraie science économique », écrit-il en 1893… Dans un second temps, Sorel entreprend une critique de l’économie marxienne qu’il juge abstraite, « car ce n’est pas la science qui fait marcher les masses ». Il ne s’agit pas d’expliquer le monde mais de le changer, en utilisant autrement le marxisme. Il faut simplement  corriger la théorie pour la parfaire. C’est à cette tâche qu’il se consacre désormais, en élaborant une révision antimatérialiste de la doctrine, effort qui l’occupera pendant une dizaine d’années (1900 – 1910).

Il prend la défense  du capitalisme, irremplaçable car son dynamisme est la source du progrès économique, fondé sur la libre concurrence, et renonce à la socialisation de la propriété. Il faut donc refuser toute entrave au libre fonctionnement de l’économie, refuser le protectionnisme, la participation ouvrière à la direction des entreprises, la législation sociale ; en somme tout ce qui peut neutraliser la volonté de puissance, bloquer les énergies revendicatrices, affadir le combat sans merci pour le triomphe des exploités.

Ainsi la lutte révolutionnaire dépend de l’économie de marché, donc du libéralisme économique qui le promeut. Mais, dans le même temps, il faut s’attacher à la destruction du libéralisme politique qui pourrait dissoudre la volonté révolutionnaire des masses. Voilà une conception nouvelle de la révolution que les syndicalistes révolutionnaires italiens vont développer et qui constitue une composante capitale du premier fascisme en Italie.

La notion de lutte des classes, dans la doctrine marxienne, est une pure construction intellectuelle : Il faut avoir recours aux mythes sociaux, idée que Sorel développe dans ses « Réflexions sur la violence » (1906) et dans la revue « le Mouvement Social ». Les mythes, pense-t-il, ont joué un rôle important :

« Ils ne sont pas des descriptions des choses, mais des expressions de la volonté… des ensembles d’images capables d’évoquer en bloc et par la seule intuition, avant toute analyse réfléchie, la masse des sentiments qui correspondent aux diverses manifestations de la guerre engagée par le socialisme contre la société moderne ».

Sont concernées par cette approche la luttes de classes,  la grève générale, et la guerre, censées  imposer l’idée que le changement révolutionnaire d’une société est une catastrophe, exigeant des sacrifices, demandant la mise en œuvre de vertus héroïques, matérialisant ainsi la coupure  de la société en deux groupes antagonistes irréconciliables.

« Mais si le mythe est le moteur de la révolution, la violence en est l’instrument », note Sternhell. « La violence prolétarienne, commente Sorel, enferme les patrons dans leur rôle de producteurs et tend à restaurer la structure des classes au fur et à mesure que celles-ci semblaient  se mêler dans un marais démocratique ».  La guerre est source de morale, pense Sorel : les hommes qui y sont plongés peuvent parvenir au sublime, faire preuve d’héroïsme, d’abnégation, d’altruisme envers leurs compagnons d’armes, d’esprit de sacrifice. Ces vertus sont à l’opposé du matérialisme et de l’égoïsme. Les fascistes partagent cette analyse.

Cependant Sorel connaît une double déception : D’une part, le Parti socialiste devient un parti parlementaire, ce qui, aux yeux des syndicalistes révolutionnaires, est un choix de collaboration de classes, un engagement réformiste qui lui fait perdre sa qualité de parti révolutionnaire. En 1909 Sorel rompt définitivement avec le socialisme. D’autre part, la CGT connaît une évolution semblable, à partir de 1909 sous la direction de son secrétaire général, Jouhaux.

Sorel estime donc qu’il faut rechercher un autre vecteur révolutionnaire. La révolte se manifeste, en ce début du XXe siècle, sous la forme du nationalisme. Il est porté alors par la droite et, particulièrement, par « l’Action française » de Maurras. Ce rapprochement peut paraître étonnant et contre nature. Mais les syndicalistes révolutionnaires et les nationalistes ont en commun, l’horreur des Lumières françaises, de la révolution de 1789 et de la société libérale, c’est-à-dire de la démocratie bourgeoise qui génère la décadence de la civilisation occidentale. Ils estiment que c’est une élite qui doit conduire cette révolution.

Sorel a donc fourni, à l’idéologie fasciste naissante, l’essentiel de son contenu premier, avec la synthèse  du syndicalisme révolutionnaire et du nationalisme qui constitue son apport particulier et décisif.

Le fascisme en Italie

1 – Le syndicalisme révolutionnaire

L’idée d’un syndicalisme révolutionnaire émerge, en Italie, au sein du parti socialiste (PSI), né en 1898. Un intellectuel, le professeur Arturo Labriola, devient le leader d’une fraction révolutionnaire, à la fin de 1902. Labriola critique le socialisme réformiste. Il s’appuie sur le prolétariat qui s’est formé au sein des centres industriels du nord, délaissant les masses populaires du pays, notamment celles du  sud agricole. Il estime que la révolution socialiste ne peut aboutir que par l’organisation de toute la classe ouvrière en syndicats de combat. La production doit être confisquée à la bourgeoisie et confiée à ces syndicats, c’est-à-dire aux producteurs.

 Le syndicalisme révolutionnaire italien est lié au  mouvement international des idées, notamment français, mais s’adapte à la situation particulière du pays. Labriola a découvert Sorel en 1895 et lui avait écrit. Des relations s’établissent donc au plan international, et le syndicalisme révolutionnaire italien parcourt, comme son homologue français, le chemin qui le conduira du marxisme et de la révision antimatérialiste du Marxisme, proposée par Labriola et Enrico Leone, au nationalisme radical, en passant  par la méthode de l’action directe,  la grève générale, et la mobilisation révolutionnaire des masses.  

En 1914, se pose la question de l’intervention italienne dans le conflit européen qui s’annonce. Mussolini adhérent du PS s’y oppose puis se ravise et se joint aux partisans de l’intervention, nationalistes et syndicalistes révolutionnaires. Il démissionne alors du PSI, en désaccord avec cette position. Il sera mobilisé et participera au conflit.

2 - Mussolini et le fascisme                         

En France, les opposants au régime républicain, après la Grande guerre, ne parviendront pas à renverser le régime. Mussolini apporte à la dissidence nationaliste et gauchiste, ce qui a manqué à ses homologues français, un chef. Venu de la gauche politique et syndicale, il joue un rôle très important dans le succès du fascisme dans son pays. Mais l’occasion lui en est donnée par la situation politique et sociale de l’Italie au lendemain de la guerre.

Intelligent, cultivé, Mussolini est aussi un dirigeant brutal et sans scrupules, qui sait manipuler les foules. Politicien averti, il sait s’imposer dans la vie interne des organisations. Il est aussi un intellectuel cultivé, il a beaucoup lu, écrit, dans ses fonctions de journaliste et de directeur de journaux. La source de son ascension est à chercher à la fois dans son parcours intellectuel et dans son action politique.

Le parcours intellectuel

Mussolini n’a pas inventé le fascisme. Il a élaboré sa pensée au contact des syndicalistes révolutionnaires et des intellectuels de la mouvance de gauche critiques de la classe politique et de la société libérale dominantes. La pensée de Sorel y tient une grande place. L‘idéologie à la quelle il adhère ainsi lui donne la possibilité  de contester à la fois la société libérale et la classe politique italienne, mais aussi le socialisme réformiste et surtout le communisme, né de la révolution russe en 1917.

Pour Mussolini, le prolétariat révolutionnaire est une élite nouvelle, formée dans les syndicats et qui remplacera l’élite bourgeoise.  Par sa démission  du parti socialiste, Mussolini abandonne la direction de la gauche révolutionnaire du parti pour prendre la tête du fascisme naissant. Le premier octobre 1914 à Milan, il crée avec des syndicalistes une nouvelle organisation : le «Fascio révolutionnaire d’action internationaliste », qui déclare que « là où la question nationale n’a pas été résolue, le climat historique nécessaire au développement normal du mouvement de classe ne peut exister ». Ainsi dans ces années d’avant- guerre, Mussolini s’éloigne peu à peu de l’orthodoxie socialiste. La nation remplace le prolétariat. Le socialisme  européen est critiqué pour son réformisme, paralysant les responsables dans leur combat militant pour refuser les budgets de guerre, comme en Allemagne. La révision du marxisme a été menée, en France et en Italie, par le syndicalisme révolutionnaire

Le parcours politique

En 1904, Mussolini est membre du parti socialiste, acquis aux idées du syndicalisme révolutionnaire qui imprègnent aussi la gauche du PSI. Il réalise une remarquable ascension au sein du parti. Il y tient un rôle de plus en plus important, entre 1910 et 1912. Il devient directeur de l’Aventi !, journal du parti, il fait exclure les réformistes et devient membre de l’équipe dirigeante en 1912. La guerre représente, pour lui, une pause dans son militantisme politique. En novembre 1918, l’armistice met fin au conflit. De retour dans la vie civile, Mussolini apparaît comme un homme isolé.

Aussi, crée-t-il des organisations susceptibles de l’aider dans son action politique. Il s’agit d’abord, en janvier 1919, de l’Association des Arditi d’Italie : leurs membres viennent des anciens combattants appartenant aux sections d’assaut et parmi eux, d’anciens repris de justice et de nationalistes radicaux adeptes de la violence. L’organisation devient nationale. Le 23 mars 1919 est fondée une autre organisation, les « Faisceaux Italiens de Combat », qui mêlent revendications économiques et sociales, où dominent les thèmes d’inspiration anarchiste qui conviennent aux foules. Les Faisceaux répondent à la préoccupation de Mussolini, de réunir le courant révolutionnaire de la gauche et la droite nationaliste, en exploitant le mécontentement et les inquiétudes de nombreuses catégories sociales touchées par la crise.

Les débuts sont difficiles, les moyens financiers manquent, les résultats électoraux sont décevants, la crise économique et sociale persiste. Jusqu’en 1921, le fascisme en Italie n’est qu’un courant marginal. Mais un mouvement  révolutionnaire populaire secoue l’Italie, en 1920, éveillant la peur des possédants et de la petite bourgeoisie qui peuvent faire cause commune.  La classe dirigeante se révèle incapable de mener une contre-révolution contenant ce mouvement.

Dès lors, le mouvement mussolinien apparaît comme un recours contre les socialistes, les syndicalistes réformistes et la Confédération syndicale (CGL). Les fonds issus des milieux d’affaires commencent à affluer massivement vers le milieu de l’année 1921, permettant de financer le mouvement fasciste et son journal. Des alliances électorales se nouent, dès octobre 1920, avec toute la classe dirigeante politique. Pour accéder au pouvoir, Mussolini a besoin d’un accord avec les élites dirigeantes. L’État-major invite les officiers en cours de démobilisation à rejoindre les faisceaux, et dans de nombreuses régions les autorités locales, police, justice, administrations, soutiennent les fascistes.

Mussolini dispose aussi d’escouades armées, les squadres, nées au lendemain des grèves insurrectionnelles de l’été 1920 en Vénétie, puis le mouvement s’étendit à l’Italie du nord et du centre.
 Elles deviennent l’instrument de la contre révolution agraire, financée par les grands propriétaires terriens qui leur demandent de faire évacuer les terres occupées et de saccager les lieux de réunion du prolétariat agraire. La violence s’exerce ensuite dans les centres urbains, par le pillage des sièges des syndicats et de journaux de gauche, les chambres du travail et les maisons du peuple. Les opposants étaient molestés voire tués. La terreur fasciste accompagne  ainsi l’ascension de Mussolini. Autorités préfectorales et police locale se montrent bienveillantes à l’égard de ces actes qui sont un moyen de chantage pour imposer le fascisme aux autorités nationales.

En novembre 1921, le Parti National Fasciste est créé, et il adopte le programme présenté par Mussolini,  qui s’impose comme le maître du pays.  C’est un tournant capital, avec la mise en place d’un grand parti de masse, structuré et  discipliné, et qui est aussi une organisation désormais réactionnaire, liée aux intérêts privés. Après la Marche sur Rome des « chemise Noires », expédition peu glorieuse en fait,  dont le succès est dû à la bienveillance du pouvoir politique et de l’armée, ainsi qu’aux négociations de Mussolini, Le Roi Victor Emmanuel invite Mussolini à constituer le ministère, le 30 octobre 1922.

Ainsi, après un début respectueux des formes légales, afin de se concilier les classes dirigeantes et fortifier son alliance avec les milieux économiques, Mussolini, doté des pleins pouvoirs, peut en dix-huit mois, préparer l’établissement de sa dictature : La grève est interdite, la répression s’exerce contre l’opposition libérale, la presse est muselée et toutes les libertés sont supprimées. Le juriste Rocco est chargé de modifier la nature et les structures du pouvoir : la démocratie est supprimée, le principe d’autorité affirmé. Dans un climat de violence et de terreur, dans les années 1925-1926, s’achève la fascisation de l’Etat, édifiée sur les ruines de l’Etat libéral parlementaire, mais  obtenue à partir de voies légales !

Réflexions

1 -  John Maynard Keynes, dans son ouvrage majeur Théorie Générale de l’Emploi, de l’intérêt de la monnaie, écrit : «  Les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. A vrai dire, le monde  est presque exclusivement mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire esclaves de quelque économiste passé… A vrai dire (les idées) n’agissent pas de façon immédiate, mais seulement après un laps de temps… Mais ce sont les idées et non les intérêts constitués qui, tôt ou tard, sont dangereuses pour le bien comme pour le mal ».

Ce texte souligne que la puissance des idées est insidieuse et agit sur les esprits pour, finalement, déterminer les actions humaines. On peut le comprendre aujourd’hui si on applique cette pensée à l’économie aussi bien qu’a la politique. Mais cet effet n’est pas immédiat et il ne peut se manifester que dans la durée.

Le fascisme en est un exemple. Dans son élaboration, cette idéologie a exigé de la part de Sorel une dizaine d’années, de 1900 à 1910. Il a fallu qu’elle trouve un écho en Italie, recueillie et développée par le syndicalisme révolutionnaire en osmose avec les Français. Mussolini a adopté ces idées et s’en est profondément imprégné.

Tous les systèmes de pensée cohérents reposent sur des assises philosophiques. Il est utile de les découvrir pour les comprendre et mesurer, dans la mesure du possible, les dangers ou l’intérêt qu’ils peuvent éventuellement recéler.

2 – Le fascisme est un antihumanisme. En effet, l’humanisme est une philosophie optimiste qui a foi en l’homme, en sa faculté de forger son autonomie, sans référence transcendantale supra-humaine. Doué de raison, l’homme peut construire sa liberté de penser et d’agir. Parce qu’il est homme, il jouit de droits naturels. Il doit être respecté dans sa vie, sa dignité, son intégrité physique et intellectuelle. En conséquence, la finalité humaine doit être celle de tous ses actes : l’homme doit être considéré comme une fin et jamais comme un moyen.

Le fascisme conteste formellement l’héritage intellectuel des XVIIe et XVIIIe siècles :   Descartes, « qui a ouvert la voie aux encyclopédistes en réduisant Dieu à fort peu de chose » selon Sorel, qui l’oppose à Pascal séduit par le miracle et qui condamne l’athéisme ;  la philosophie des Lumières, ses penseurs, Condorcet, Voltaire, Rousseau, la Révolution française, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Le fascisme est une révolte contre la Société bourgeoise libérale  et la démocratie. L’antihumanisme est manifeste dans les options philosophiques du fascisme touchant la conception de l’homme et celle de la société.

La veille de la nomination de Mussolini à la tête du gouvernent, Camille Pellizzi, professeur de philosophie, présente, dans le journal fasciste Gerarchia, les principes fondant le mouvement : « Le fascisme, c’est-à-dire la négation pratique du matérialisme historique, et plus encore la négation de l’individualisme démocratique, du rationalisme des Lumières, le fascisme est affirmation des principes de tradition, d’autorité, de sacrifice individuel tendant vers l’idéal historique. Il est l’affirmation de la valeur de la  personnalité spirituelle et historique (de l’homme, de la Nation, de l’Humanité) opposée et à l’opposé de la raison, de l’individualité abstraite et empirique des hommes des Lumières, des positivistes et des utilitaristes ». Le texte souligne clairement le refus de l’autonomie, donc la dépendance essentielle de l’individu, soumis à la hiérarchie et à l’autorité, le primat de l’irrationnel opposé à la raison pour définir l’homme, la Nation aussi bien que l’Humanité.

Le régime voulu par Mussolini pour l’Italie fasciste, devient rapidement totalitaire. La concurrence du national-socialisme, à partir de 1936, va pousser au durcissement de ce totalitarisme. Le maître d’œuvre de cette évolution est le secrétaire du PNF, Achille Starace, en place depuis 1931. Il a rang de ministre en 1937. Il est un des hommes forts du régime, épaulé par les fascistes les plus intransigeants qui le soutiennent auprès du Duce. L’ensemble de la population masculine est encadrée dans de nombreuses institutions, contrôlées par le régime, notamment la jeunesse. Elle est regroupée dans une organisation, enlevée à l’Éducation nationale et confiée au parti. Starace entend imposer aux jeunes l’idéologie fasciste. Il  définit lui-même l’idéal du jeune fasciste qui doit fixer dans son esprit « la pensée du Duce »…La vie doit être « vécue pour soi, mais surtout pour les autres, proches et lointains, présents et futurs …Le Fascisme croit encore et toujours à la sainteté et à l’héroïsme, c’est-à-dire à des actes dans lesquels n’intervient aucune motivation économique, de près ou de loin. Education guerrière donc, comme style de vie, comme mode de penser et de sentir ». Ainsi, le jeune fasciste est préparé à la vie collective, au service du régime, avec pour devise : « Croire, Obéir, Combattre ».  

Ces prescriptions révèlent une certaine conception de la société. Elle est conçue comme un organisme vivant, les individus en sont des membres indissociables qui lui appartiennent, mais c’est la nation qui les transcende. Toutefois, il faut opposer à la masse de la population, l’élite qui la guide, et d’abord le Duce, Mussolini, chef incontesté et infaillible. Le culte du chef et de la nation est une donnée constante.  Un fidèle de Mussolini, qui, jusqu’à la fin est resté à ses côtés, le poète futuriste Marinetti exprimera sa religion nationaliste, déjà en 1910 : « Nous voulons une patrie, nous voulons une Patrie grande et forte… Aimons et hâtons la guerre, seule hygiène du monde, superbe flambée d’enthousiasme et de générosité, bain d’héroïsme sans lequel les races s’endorment dans l’égoïsme paresseux, dans l’arrivisme économique, dans la ladrerie de l’esprit et de la volonté ». Et en 1937, trois ans avant la seconde guerre mondiale qui sonnera le glas du fascisme et la mort de son guide, Starace, dans ses consignes aux jeunes fascistes, déclare : « Il est absurde de croire à la possibilité de la paix perpétuelle… Le pacifisme est renoncement à la lutte et lâcheté devant le sacrifice ». Mais c’est la  guerre qui mettra fin aux rêves de grandeur de Mussolini pour l’Italie, dans la défaite et la mort, en 1945. Le fascisme italien ne lui survivra pas.

3 – Le fascisme peut être considéré comme un phénomène culturel. Il est un refus de l’héritage des Lumières, du rationalisme, de la rationalité démocratique, libérale mais aussi marxiste. Il rejette la vision utilitaire et marchande du monde bourgeois. Il fait appel à l’imagination et à l’émotion, utilise la séduction des mythes et aspire à créer un homme nouveau porteur de valeurs héroïques. Il faut mesurer ici que reconnaître la part d’irrationalité et d’affectivité dans les comportements humains, dans les choix éthiques, c’est admettre la complexité de la psychologie humaine. Ce n’est pas, pour autant, épouser les thèses fascistes. Mais refuser le rationalisme comme fondement des systèmes de pensée, dits matérialistes, c’est prendre le risque de verser dans un système fasciste. Z. Sternhell peut affirmer : « Quand l’antimatérialisme devient un instrument politique, un moyen de mobilisation des masses et une machine de guerre contre le libéralisme, le marxisme et la démocratie, quand le rationalisme est associé à un intense pessimisme culturel, quand il va de pair avec un culte prononcé de la violence et des élites agissantes, alors la pensée fasciste prend fatalement corps ».

4 – La situation dans de nombreux pays européens apparaît préoccupante, dans le climat de crise que nous vivons. Dans une émission télévisée (mars 2013), un économiste a fait remarquer que les difficultés sociales nées de l’application de politiques dites d’austérité, motivent le refus  des populations qui n’en voient pas la fin et l’efficacité. Les peuples n’en peuvent plus, se révoltent contre les élites politiques qui ne leur proposent rien, aucune compensation. Ainsi, en face de ce qui est présenté comme une nécessité raisonnable et rationnelle de l’économie par les responsables libéraux, apparaît l’impossibilité politique de convaincre les peuples d’accepter ces politiques économiques. Cette situation nourrit  évidemment le populisme.

Il peut s’appuyer sur de nombreuses causes d’inquiétude ou d’interrogation : immigration, dénoncée comme source de délinquance et de menace contre l’identité nationale, sécurité, Islam, Europe bureaucratique et autoritaire, euro, monnaie nuisible, chômage, et licenciements abusifs, impôts trop lourds, précarité et pauvreté… Il faudrait ajouter la renaissance de nationalismes radicaux et la tentation du repli dans les frontières nationales,  le rejet d’élites politiques accusées d’électoralisme vulgaire et d’ignorance ou de mépris pour les peuples souffrants, ce qui alimente un antiparlementarisme virulent. Le résultat est le succès, dans de nombreux pays européens, de partis populistes canalisant les mécontentements, mais posant de redoutables problèmes politiques et sociaux. Il appartient aux hommes politiques de trouver  et mettre en œuvre des solutions,  pour éviter les dérives désastreuses, dans le cadre démocratique qui est le nôtre…

Conclusion

Nous pouvons, à partir de nos valeurs humanistes, prendre part à un combat contre une situation grave, qui peut remettre en cause notre conception de la vie démocratique. Sans doute par notre engagement de citoyen dans la cité, mais aussi dans le combat d’idées, indispensable pour découvrir une issue positive et humaine à une crise interminable. Il faut donc s’efforcer de la comprendre, de décrypter les discours politiques et économiques, les principes sur lesquels ils reposent, les rhétoriques utilisées par les experts en tous genres, qui veulent imposer leurs points de vue au plus grand nombre et, trop souvent, pour servir des intérêts qui ne recherchent pas le bien commun. L’expérience de l’histoire permet, peut-être, de faciliter cette recherche.

Jean MOLERES

                                        

 

 

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